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RECIT D'UN PARCOURS ATYPIQUE
" J'édite et je médite "
" Beauté, souvent j'emploie ton nom et je travaille à ta publicité, je
ne suis pas le patron, je suis ton employée "
Jacques Prévert
Vanina Michel : comment me définir ? Comédienne ? Chanteuse ? Musicienne ?
Productrice ? Réalisatrice ? Hier Vedette de Hair, membre de la Compagnie
Lubat, assistante de Jacques Canetti, Directrice des Variétés aux Editions
Salabert !
Cadre ? ou " hors-cadre' définitivement et avant tout artiste, à la
recherche d'un même air de liberté, au delà des frontières de genre, côté
coulisses ou côté scène.
HIER
Après deux ans d'études de médecine, j'opte au grand désespoir de ma
famille, pour le théâtre après avoir été reçue au concours d'entrée de
l'école du Théâtre National de Strasbourg (une autre façon après tout de
soigner les autres et de se soigner. En sortant de l'école, je joue
d'abord les classiques : Molière, Racine, Pirandello, Shakespeare, plus
tard Kleist, les auteurs contemporains, sous la direction de Daniel Benoin,
Gabriel Garran, Michel Vitold, Eric Rohmer, avec entre autres, Jérome
Deschamps, Rufus, Pierre Santini, Arielle Dombasle, Pascale Ogier…
A 22 ans, un exceptionnel coup de chance dévie encore ma route : "Hair",
l'étonnant show qui a scandalisé et fait courir l'Amérique est monté à
Paris. Bertrand Castelli me confie le rôle vedette féminin au côté de
Julien Clerc. Deux ans de folie à pratiquer tous les soirs une nouvelle
forme de spectacle et à prolonger les utopies de Mai 68. "Hair" tient
l'affiche 4 ans. Je m'échappe au bout de deux. Inadaptée chronique au
milieu du show-biz, hormis une heureuse rencontre en 1969 avec un jeune
homme encore inconnu nommé Michel Berger qui m'écrit et me produit mon
premier 45 T, je m'évade vers d'autres espaces de liberté.
Côté jazz et improvisation "tous terrains" avec Bernard Lubat, l'enfant
terrible et surdoué du jazz, provocateur patenté, faiseur et défaiseur de
musiques. Nous montons ensemble la Compagnie Lubat, confrontation
enrichissante d'agitateurs notoires venus d'horizons artistiques et
culturels différents et dont l'une des règles du jeu est : " interdit de
faire ce qu'on a fait la veille ", une école qui immunise à vie.
En 1978 nous créons ensemble le premier festival d'UZESTE MUSICAL où vont
se mélanger avant-garde et traditions populaires, culture occitane et
world music, jazz et java, théâtre et arts plastiques.
Parallèlement à ces expériences collectives, je crée en solitaire au
café-théâtre, trois " one-woman show "que m'écrit sur mesure Jean Sur, un
écrivain et philosophe, rencontré un jour de dérive Boulevard Saint
Germain.
Je compose pour le théâtre et France Culture une vingtaine de musiques de
scène et quelques musiques de film. En 1980 je reviens à la chanson
poussée par quelques auteurs, comme Roland Topor, Philippe Madral, Serge
Ganzl ...
Cette démarche en quête de ma propre identité à travers le théâtre, les
mots et la musique me permet de faire l'apprentissage pendant une
quinzaine d'années d'une forme d'autonomie et ergonomie artistique
parfaitement adaptées à mon caractère indépendant et à mes choix de vie.
Je décide seule de mes projets, j'en suis la productrice (grâce, il faut
le dire, aux revenus engendrés par les pubs TV que je tourne comme
comédienne) le metteur en scène, l'actrice, la chanteuse, la compositrice,
l'éclairagiste, le régisseur, le tourneur, l'attachée de presse ... Bref,
j'apprends sur le tas et à l'école de la vie , tous les métiers de la
scène.
C'est à l'issue d'un de mes tours de chant que je rencontre en 1981
Jacques Canetti, dernier dinosaure indépendant de l'industrie
phonographique, découvreur de Brel, Brassens, Boris Vian, Juliette Gréco,
Nougaro, Gainsbourg, Higelin et j'en passe...Il m'engage aussi tôt dans un
tour de chant Boris Vian et je deviens sa collaboratrice pendant dix ans,
participant à toutes ses productions, en qualité d'artiste, réalisatrice,
directrice artistique, relations publiques.
En 1992, Emmanuel de Buretel, PDG de Virgin Publishing, devenu actionnaire
des Editions Salabert m'engage comme Directrice des Variétés des Editions
Salabert. Huit années passionnantes à redonner ses lettres de noblesse au
métier d'éditeur, réanimer un patrimoine fabuleux mais quelque peu endormi
sous 50 ans de poussière et à l'enrichir également, dans la lignée des
"grands" édités chez Salabert (Piaf, Trenet, Kosma, Scotto,Willemetz, Duke
Ellington, Chevalier, J. Baker, Mistinguett, Bruant, Montand, Arletty,
etc..) des jeunes talents de demain comme Pascal Mathieu (Grand Prix de
l'Académie Charles Cros, prix Felix Leclerc, Pari France Inter, mais aussi
à développer un secteur, à mon sens négligé en France mais d'utilité
publique: la pédagogie musicale: j'édite les méthodes d'improvisation de
Didier Lockwood et Martial Solal.
AUJOURD'HUI
En fait, j'ai le sentiment de poursuivre le même métier depuis 30 ans,
celui de la création, du spectacle vivant, à la recherche d'un même air de
liberté que je n'ai pas fini de chanter, décliner sous toutes ses formes
et à travers tous les rôles que je m'invente, dans le théâtre ou la
musique, côté coulisses ou côté scène. Cette attitude, j'en ai fait ma
profession, une profession de foi... J'en tire ma force, même si c'est
aussi une faiblesse face à un métier qui aime un peu trop les étiquettes.
Je me nourris de ces mille et une vies différentes. L'homme commence où il
meurt. Je vais à ma naissance à la rencontre de celle que je suis, que je
commence à être, mon père et mon fils, mon aïeul et mon descendant, mon
semblable dissemblable ... Merci, Jacques Prévert pour ce bout de route
passé ensemble, jamais finie.... Vanina Michel
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